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Agrobusiness : pourquoi Olam revoit sa stratégie

Après des années d'investissements soutenus, le grand négociant singapourien cède plusieurs de ses activités sur le continent. Sous la houlette du fonds Temasek, actionnaire majoritaire, il se recentre et cherche des partenaires pour limiter les risques.

 

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Agrobusiness : pourquoi Olam revoit sa stratégie

Plus de 236 millions d'euros d'actifs africains vendus en quelques mois. Depuis le début de cette année, Olam a cédé des parts dans des activités installées en Côte d'Ivoire, au Gabon ou encore au Nigeria. Et d'autres pourraient suivre prochainement. Pourtant, le géant singapourien de l'agrobusiness, qui réalise 21 % de son chiffre d'affaires (12 milliards d'euros en 2014) en Afrique, où il est implanté dans 25 pays, martèle que le continent reste un pilier de sa stratégie.

Depuis 2009, le négociant en matières premières, devenu une multinationale aux activités diverses, s'est en effet montré très offensif sur le continent, investissant pêle-mêle dans la farine au Nigeria ou dans la production de coton au Mozambique. Un pays illustre particulièrement sa frénésie d'investissements : le Gabon. Le groupe singapourien y concentre la plus importante variété d'activités, le plus souvent en partenariat avec l'État. Il s'y est lancé dans la transformation de bois ainsi que dans la plantation de palmiers à huile et d'hévéas.

"Olam a été habitué au succès avec un modèle économique qui l'a très bien servi dans les années 1990 et au début des années 2000. Il achetait les matières premières aux paysans, puis les revendait où était la demande", rappelle Conrad Werner, analyste de la banque d'investissement Macquarie à Singapour.

Puis, après avoir réussi dans l'import-export, Olam a vu plus grand... peut-être trop. "Le groupe s'est orienté vers l'amont et le milieu de la chaîne de valeur [la production et la transformation des produits]. Et a pris plus de risques. Ce que l'on peut leur reprocher, c'est d'avoir lancé trop de projets, trop vite."

"Trop risqué"

La fin de l'année 2012 marque un tournant. Le fonds spéculatif américain Muddy Waters lance un pari sur la chute de l'action Olam et compare alors la situation financière du groupe à celle du géant américain de l'énergie Enron avant sa faillite retentissante. Son emblématique fondateur, Carson Block, pointe alors des dépenses d'investissements beaucoup trop élevées et va jusqu'à dénoncer des malversations comptables visant à gonfler les actifs pour améliorer le bilan.

Malgré les démentis de la direction, l'action Olam plonge à Singapour. Et les banques qui financent massivement les entreprises de négoce se font alors plus frileuses. "Après cet épisode, Olam a pris en compte le fait que son bilan présentait un profil trop risqué, confirme un autre analyste. À ce moment-là, il y a donc eu une refonte totale de la stratégie." Selon ce dernier, le rythme d'investissements du groupe devrait ainsi passer de 1 milliard d'euros par an à 300 ou 400 millions dans les prochaines années.

Au Gabon, Olam va, selon nos informations, se désengager des activités les plus éloignées de son coeur de métier. Il cherche par exemple à céder les 40 % de parts de la Zone économique de Nkok (établie sur plus de 1 000 hectares) qu'il possède toujours.

Actuellement, seules quatre entreprises y sont déjà en activité, principalement dans le secteur du bois, sur les 78 investisseurs qui y ont acquis des parcelles. Dans la ville de Port-Gentil, les travaux de construction de l'usine d'engrais de GFC, qui était censée entrer en production cette année, n'ont toujours pas démarré.

Et Olam chercherait toujours un acheteur pour ses parts (62 %) depuis que l'indien Tata Chemicals a abandonné le projet (il en détenait 25 %), en mars dernier. "Ils sont en recentrage, c'est très net. Ils se retirent plutôt de la partie intermédiaire, de la transformation. Après tout, l'industrie, ce n'est pas leur métier", juge un spécialiste du secteur.

Du côté du groupe singapourien, on assume des "recalibrages" et on veut désormais miser sur les activités au plus fort potentiel de croissance. Et pour cause, Olam veut renouer avec un flux de trésorerie positif en 2015. "Nous nous désengagerons de façon sélective de certaines activités tout en en développant d'autres, certainement plus en aval de la chaîne de valeur", explique le directeur exécutif d'Olam pour l'Afrique et le Moyen-Orient, Venkataramani Srivathsan.

Le groupe compte également s'appuyer sur des partenaires stratégiques, à l'image de Sanyo Foods, un géant du secteur. Partenaire d'Olam depuis 2013 dans les nouilles instantanées au Nigeria, le groupe japonais lui a racheté cette année 25 % de son activité d'aliments préemballés, Packaged Foods, pour un montant de 125 millions d'euros. "Cette relation a grandi. Leurs compétences sont complémentaires aux nôtres", justifie le dirigeant.

Stratégie au long cours

Une stratégie de réduction des risques à laquelle le fonds souverain singapourien Temasek ne serait pas étranger. De 16 % en 2012, il est monté cette année à 58,4 % du capital, prenant ainsi le contrôle d'Olam. À ses côtés, le groupe fondateur Kewalram Chanrai et les dirigeants ne possèdent respectivement que 14,6 % et 7,2 %. Les 20 % restants sont en Bourse.

Avec Temasek, qui contrôle de grands acteurs de la cité-État comme la compagnie Singapore Airlines, Olam bénéficie de l'appui d'un investisseur stable mais rétif aux dépenses "autrefois faramineuses" de l'entreprise.

"Aujourd'hui, le groupe est contraint de s'inscrire dans un certain mode de gouvernance et de stratégie. Avec le fonds Temasek comme actionnaire majoritaire, il doit passer d'une logique opportuniste à un renforcement sur le long terme. La culture d'Olam doit donc évoluer", estime un spécialiste du secteur.

 

Mais l'Afrique restera l'une de ses priorités, martèle Venkataramani Srivathsan. Et pour cause, le continent est à la fois un producteur de matières premières, une zone de développement économique et un marché de l'agroalimentaire en pleine croissance. "Le continent reste un pilier de notre stratégie, nous y avons déjà investi plus de 1,7 milliard de dollars singapouriens (1 milliard d'euros) dans plusieurs projets. Et nos engagements actuels atteignent ce chiffre, voire le dépassent. Nous continuerons d'investir à travers le continent, nous sommes très optimistes et enthousiastes sur son potentiel", promet le directeur Afrique.

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